Des digues qui cèdent, ça n’arrive plus

Par Ben Jansen

STAVENISSE – Il y a du monde dans le cimetière de Stavenisse. La marche silencieuse en mémoire de la catastrophe dans la commune de Tholen attire plusieurs centaines d’intéressés. Tous ne trouveront pas une place autour des tombes des habitants de Stavenisse qui ont péri dans l’inondation. Le bourgmestre de Tholen W. Nuis dépose une couronne, le son d’une trompette résonne. Des petits flocons de neige s’amoncellent sur les dizaines de parapluies pendant la minute de silence.

Alors que le cortège quitte le cimetière, des enfants jouent à cache-cache derrière une haie près de l’entrée. Ils crient « bouh ! » aux participants à la cérémonie et ils s’amusent. Seule une personne leur jette un regard mauvais. Bah, la catastrophe s’est produite il y a cinquante ans. Ce n’est pas grave, mais comme le disait monsieur Nuis pendant la cérémonie de commémoration à l’église réformée, les vieux comme les jeunes doivent faire preuve de respect envers les victimes de la catastrophe. A Stavenisse, cela prend la forme de musique, de poèmes d’écoliers et de discours, de longs discours. On exprime de la compassion pour les victimes et leurs proches, et de l’admiration pour les sauveteurs mais peu d’émotion. Est-ce l’éloignement dans le temps ou le soin avec lequel le rassemblement du souvenir dans l’église réformée a été préparé ? Dans le récit que fait J. Kampeneers de ce qu’il a traversé à Sint-Philipsland, on ne ressent l’émotion que quand il se détache de son texte.

A. Smits, un habitant de Stavenisse traduit bien l’incrédulité de ses co-villageois il y a cinquante ans, juste avant que leurs maisons ne soient emportées par les flots : « Des digues qui cèdent, ça arrivait avant, mais plus maintenant. » Un sentiment de sécurité identique existe encore de nos jours, comme le prouvent les poèmes des enfants : « Cela n’arrivera plus, car les digues ne peuvent plus se rompre. » Et : « Maintenant, nous sommes en sécurité derrière les digues, le barrage anti-tempête ne cèdera plus. »

Le bourgmestre Nuis appelle à la vigilance : « A travers les siècles, nous avons été surpris par les eaux et cette année, cela se produit encore. » Nuis se demande si les habitants de la Zélande, de la Hollande méridionale et du Brabant occidental qui ont connu la catastrophe de très près auraient vécu cette expérience autrement si ils avaient eu accès aux soins post-traumatiques disponibles aujourd’hui. Il constate que les proches sont répartis en deux groupes : ceux dont le mot d’ordre est ‘la vie continue’ et qui préfèrent qu’on ne leur rappelle pas les événements ; et ceux qui pensent qu’on ne doit pas oublier les conséquences de la catastrophe.

Tous les mots prononcés lors du rassemblement du souvenir sont repris dans un livret que toutes les personnes présentes reçoivent par après. On y trouve aussi les noms des 169 victimes de la catastrophe qui vivaient dans ce qui est aujourd’hui la commune de Tholen. Dans cette liste figurent 77 noms d’habitants de la Kerkstraat de Stavenisse, de Johanna Martina Leenhouts (qui venait d’avoir un an) à Izaäk Hage, qui aurait eu 82 ans un mois plus tard. Une rue qui, avec tous ses habitants, fut emportée par l’eau. Stavenisse se souviendra encore longtemps.

©PZC 03-02-2003